
Vous cherchez à savoir qui habite dans votre rue, que ce soit pour un projet professionnel ou une démarche personnelle. Le réflexe serait de penser qu’un registre centralisé existe quelque part. En pratique, aucune base publique ne livre une liste complète des habitants d’une rue. Plusieurs méthodes permettent toutefois de rassembler des informations fiables, à condition de respecter le cadre légal.
Ce que le RGPD autorise (et interdit) quand on cherche des habitants
Avant toute recherche, un point juridique s’impose. Le Règlement général sur la protection des données encadre strictement la collecte de données personnelles en France. Un nom associé à une adresse constitue une donnée personnelle.
Concrètement, vous ne pouvez pas constituer un fichier nominatif d’habitants sans base légale. Pour un particulier, la curiosité ne suffit pas. Pour un professionnel (agent immobilier, artisan, association), un intérêt légitime documenté peut justifier la démarche, mais il faut pouvoir le prouver en cas de contrôle par la CNIL.
Cette contrainte explique pourquoi aucun site ne propose de télécharger librement un annuaire par rue. Les méthodes décrites ci-dessous restent dans le cadre légal, parce qu’elles s’appuient sur des données déjà rendues publiques par les personnes elles-mêmes ou par l’administration.
Il est tout à fait possible de reconstituer la liste des habitants d’une rue en croisant plusieurs sources ouvertes, sans enfreindre la réglementation.
Listes électorales en mairie : une source sous-utilisée

Vous avez déjà consulté les listes électorales ? Depuis la révision du code électoral, tout électeur inscrit peut demander à consulter la liste électorale de sa commune. Cette liste contient le nom, le prénom, la date de naissance et l’adresse de chaque électeur.
La consultation se fait en mairie, sur rendez-vous dans la plupart des communes. Vous pouvez prendre des notes, mais la mairie n’a aucune obligation de vous remettre une copie numérique. Certaines communes autorisent une copie papier, d’autres non.
- La liste ne recense que les électeurs inscrits, pas tous les résidents (mineurs, étrangers non communautaires et personnes non inscrites en sont absentes)
- L’utilisation commerciale de ces données est interdite : seules les communications électorales, associatives ou de recherche sont tolérées
- La demande doit être faite par un électeur inscrit dans la même commune, ou par un candidat, un parti politique ou un chercheur
La liste électorale reste la seule source officielle nominative accessible par rue. Elle couvre une large majorité des résidents adultes de nationalité française.
Base Adresse Nationale et API publiques : des adresses, pas des noms
La Base Adresse Nationale (BAN) est souvent citée comme outil pour explorer une rue. Elle référence les adresses du territoire français, pas les personnes qui y vivent. La distinction compte.
La BAN permet de vérifier qu’une adresse existe, de la géolocaliser et de connaître le nombre de points d’adresse sur une voie. Depuis la migration technique récente, cette base est désormais opérée par l’IGN via la Géoplateforme, sous licence ouverte 2.0. L’ancien endpoint hébergé sur data.gouv.fr est officiellement déprécié, avec un décommissionnement prévu.
La BAN identifie les adresses existantes, pas leurs occupants. Elle sert de socle pour localiser une rue, mais doit être croisée avec d’autres sources pour obtenir des noms.
En combinant la BAN avec l’API SIRENE (base officielle des entreprises), vous pouvez identifier les professionnels domiciliés à une adresse. Le registre SIRENE est en accès libre et recense les entreprises individuelles, dont le nom du dirigeant est public. Pour les résidents non professionnels, cette méthode ne fonctionne pas.
Croiser les annuaires et le cadastre pour affiner la recherche

Les annuaires téléphoniques en ligne (Pages Blanches notamment) restent un outil de base. Ils ne listent que les personnes qui n’ont pas demandé à être en liste rouge, ce qui réduit la couverture.
Pourquoi combiner plusieurs sources plutôt que s’appuyer sur une seule ? Parce que chaque base a ses angles morts. L’annuaire téléphonique ignore les personnes sans ligne fixe déclarée. La liste électorale ignore les non-inscrits. Le cadastre, consultable sur cadastre.gouv.fr, donne les références des parcelles et parfois le nom du propriétaire, mais pas celui du locataire.
- Pages Blanches : noms et adresses des abonnés téléphoniques non inscrits en liste rouge
- Cadastre en ligne : identification des propriétaires de parcelles, utile pour les maisons individuelles
- Registre SIRENE : noms des dirigeants d’entreprises individuelles domiciliées à l’adresse
- Réseaux sociaux géolocalisés : certains utilisateurs rendent publique leur localisation, mais cette méthode reste aléatoire et chronophage
Le croisement de trois ou quatre sources ouvertes couvre la majorité des résidents d’une rue, sans jamais atteindre l’exhaustivité. Les locataires sans ligne fixe, non inscrits sur les listes électorales et sans activité professionnelle déclarée resteront invisibles.
Limites concrètes et pièges à éviter
Constituer un fichier d’habitants à partir de ces sources est légal tant que l’usage reste conforme au RGPD. En revanche, revendre ces données, les utiliser pour du démarchage commercial non sollicité ou les publier en ligne expose à des sanctions de la CNIL.
Un piège fréquent concerne les services payants qui promettent des listes complètes d’habitants par rue. Aucun prestataire privé ne dispose de données plus complètes que les sources publiques. Ces services agrègent les mêmes annuaires et bases ouvertes, avec un packaging commercial et parfois des données obsolètes.
La fiabilité temporelle pose aussi problème. Un déménagement, un décès, un changement de nom : les bases publiques ne se mettent à jour qu’à des rythmes variables. Les listes électorales sont révisées annuellement. Les annuaires téléphoniques dépendent des déclarations des opérateurs. Le cadastre évolue lors des mutations de propriété.
La méthode la plus fiable reste la combinaison liste électorale en mairie et cadastre en ligne, complétée par une vérification sur l’annuaire. Cette approche demande du temps, mais elle produit des résultats vérifiables et respecte le cadre légal.